Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
VousDevriezVoirÇa

Le très républicain Magyd Cherfi (Zebda) a un 'devoir d'empathie' envers Mohammed Merah, qui 'n'est pas un monstre'

18 Novembre 2016 , Rédigé par Vousdevriezvoirça

Le 29 octobre dernier, un moment de vérité a eu lieu dans le cocon douillet de l'émission "On n'est pas couché" présenté sur France 2 par Laurent Ruquier avec Yann Moix et Vanessa Burggraf.

Magyd Cherfi, un des membres du groupe de musique toulousain Zebda qui a connu ses heures de gloire dans les années 90, était invité pour présenter son livre, "Ma part de gaulois", paru aux Actes Sud.

Il s'est laissé aller à des propos tous plus déroutants les uns que les autres, démontrant qu'un républicanisme démonstratif et pompeux peut en fait cacher une complaisance pour les ennemis de la République et que, malheureusement, chanter son attachement à la République n'empêche pas de manquer de repères moraux.

Ce qui devrait affoler les véritables défenseurs des valeurs républicaines.

 

Victoire de Mitterrand "On se dit bon! On va pouvoir négocier...heu..."

A partir d'1'00, Laurent Ruquier avoue qu'il n'imaginait même pas que, dans les banlieues, la victoire de Mitterrand ait été perçue comme une menace plutôt que comme quelque chose de positif : "ceux que vous appelez vous-mêmes les Arabes avaient la trouille de François Mitterrand". C'est une vraie "surprise" pour lui, il le répète à deux reprises.

Magyd Cherfi : "j'étais en terminale avec des potes de gauche, d'extrême-gauche qui me disaient "là, Mitterrand va gagner, et là vous allez voir les reubeux, avec la gauche ce que va être la fraternité vraie" (sic). Donc on commence à se frotter les mains, on se dit bon! On va pouvoir négocier heu...". 

Négocier ? Mais quoi ? Personne ne relève autour du plateau.

 

Et de rappeler le passé de guillotineur de cet homme de gauche, injustement oublié. Ou mis au compte de "la France", mais pas de Mitterrand, ni de la gauche.

Aucune réaction. Les journalistes présents autour du plateau sont donc bien au courant que François Mitterrand a fait décapiter des nationalistes algériens.

 

En fait, Laurent Ruquier enchaîne immédiatement avec un extrait de son livre : "(...) Prends ta carte, les communistes sont d'excellents formateurs".

Les communistes ? Des formateurs ? Mais à quoi ?

 

Magyd Cherfi évoque son dilemme : comment distinguer Mitterrand de la gauche et continuer de faire confiance à la gauche. Apparemment, le chanteur-militant est un grand résilient :

J’ai un cérémonial vieillot et mesquin. Je vote extrême gauche au premier tour et socialiste au second.

Magyd Cherfi

 

Les filles en banlieue se font "cogner" si elles s'instruisent. Mais c'est la faute de la pauvreté.

A 3'00, Laurent Ruquier évoque un récit dans le livre de Magyd Cherfi : lorsque celui-ci conseille à une jeune fille de lire "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme", de Stefan Zweig.

Magyd Cherfi répond : "le personnage n'existe pas, mais que des filles aient été cognées par des frères, bien sûr ! Parce que le fait qu'elles étudient, qu'elles sachent... ça faisait... On restait dans ce truc patriarcal, où faut quand même pas que les filles en sachent trop ou qu'elles destabilisent, surtout dans un milieu hyper pauvre, on a d'autant plus peur des filles et donc il y avait une violence effectivement".

Rien à voir avec la culture, façonnée par leur religion, mais avec la pauvreté donc.

Magyd Cherfi s'est rattrapé in extremis et a replacé son explication dans une perspective victimaire. Il s'en est fallu de peu.

 

"On est dans des familles de 7, 9, 11 enfants"

Nous qui croyions que c'était un poncif véhiculé par la "fachosphère". Donc, au moins au sujet des familles à peine arrivées, c'était bien le cas.

Au sujet de son enfance, Magyd Cherfi explique : "c'était des mères éreintées, on peut pas avoir autant d'enfants, être pauvre, immigré, et suivre chaque môme dans sa scolarité".

Et d'ajouter que sa mère lui a avoué un jour que parmi tous ses enfants, il n'y a que lui qui trouvait grâce à ses yeux. Une mère qui, selon son propre récit, lui a donné une violente gifle à lui et d'autres de ses enfants parce qu'ils suivaient des matchs de football avec un peu trop de ferveur à son goût (6'00). 

Un peu plus loin, après le récit pittoresque du mouton égorgé pour fêter l'obtention du bac de Magyd Cherfi, on apprend qu'au lycée à Toulouse dans les années 80, les gens étaient tous blonds (8'20). C'est le point essentialisation de la soirée.

Quartier du Mirail à Toulouse, en juillet 2012. Photo Remy Gabalda. AFP (source : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/09/dans-une-mosquee-de-toulouse-on-ne-peut-pas-se-melanger-avec-ceux-qui-justifient-les-caricatures-du-_1177254)

Quartier du Mirail à Toulouse, en juillet 2012. Photo Remy Gabalda. AFP (source : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/09/dans-une-mosquee-de-toulouse-on-ne-peut-pas-se-melanger-avec-ceux-qui-justifient-les-caricatures-du-_1177254)

 

Vanessa Burggraf adore ce témoignage de "gosse des cités" (sic)

Ce qu'elle a compris de ce livre, c'est que ces enfants sont "toujours ramenés à leur condition d'enfant d'immigrés, à leur arabité".(8'45) Magyd Cherfi est d'origine kabyle, mais on n'en est pas à une approximation près.

Ce qui l'a le plus touchée dans le livre ? Quand "Momo tente le conservatoire, qu'il est le seul reubeu à jouer Créon dans Antigone et malheureusement il échoue et vous dites "donnez une seconde chance, on vous promet de ne plus vous embêter, on portera pas le voile, on va s'intégrer à fond, on va chanter la Marseillaise de tout notre coeur, on va brandir le drapeau, s'incliner devant la tombe du soldat inconnu, on vous promet d'aimer Cloclo et Enrico Macias, on sera français pour de vrai, on mourra pour la patrie".

Ils savent exactement sur quels boutons appuyer.

L'artiste franco-libanais Combo et son graffiti patriote. C'est le même artiste, protégé de Jack Lang, qui avait signé la fresque intitulée "Les françaises aux africains".

L'artiste franco-libanais Combo et son graffiti patriote. C'est le même artiste, protégé de Jack Lang, qui avait signé la fresque intitulée "Les françaises aux africains".

 

Mais Vanessa Burggraf ne se laisse pas aussi facilement attendrir ! "Est-ce que vous êtes sorti de cette ambivalence parce que d'un côté c'est "je déteste la République" parce qu'elle ne nous aide pas cette République nous enfants d'immigrés à nous en sortir, à nous intégrer et d'un autre côté, cette République vous a aussi permis d'être ce que vous être aujourd'hui... vous en êtes sorti de cette schizophrénie ?"

Magyd Cherfi : "c'est tout à fait juste... amour, haine". Magyd Cherfi raconte comment, petits, sa mère les confiait à des "gens qui avaient une espèce de vocation [républicaine] : "tu vas voir ce que la République fait de mieux, nous émancipons tous les individus". Ils m'ont donné leur savoir et leur amour".

 

Magyd Cherfi ne sait pas s'il aime la République. Ou s'il la déteste, parce qu'il se sent exclu. Mais il a réussi sa vie. On ne sait plus trop

Voilà qui tranche avec le stéréotype du mauvais accueil des français "de souche" réservé aux immigrés.

Vanessa Burggraf trouve qu'il "[change] un peu son fusil d'épaule", évoque sa tribune "bouleversante" dans Libé où il affirmait que, suite aux attentats du 13 novembre, "c'est décidé, [il décidait d'être] français" et rappelle qu'il "la [tabassait] cette République".

Elle regrette qu'il ait "fallu attendre finalement les attentats du 13 novembre pour [qu'il décide] d'être français".

En fait, tout se passe comme si le système demandait simplement à ces nouveaux arrivants de montrer un respect d'apparence à ses symboles. Mais quid de leur compréhension ? Quid de leur adhésion sincère ? Voilà le niveau d'exigence des autoproclamés défenseurs des valeurs républicaines : une imitation superficielle de Républicanisme.

 

Quand les amis de gauche de Magyd Cherfi le renvoient à son statut d'"arabe"

Magyd Cherfi la rassure : "Bien sûr que non !". Et de raconter que le "tricolore" qui était en lui a participé aux manifestations, au cours desquels des "amis de gauche" lui ont dit "mais vous êtes où?" et j'étais redevenu un arabe, un musulman".

 

C'est cette "condamnation incroyable" qui provoque chez lui cette "schizophrénie".

En Algérie, est-ce que, quand les autochtones parlaient des "français" ou des "gwer" alors qu'ils étaient là depuis 130 ans, c'était perçu comme une "condamnation incroyable" ?

Et ne raconte-t-il pas lui-même dans une autre interview qu'il existe un fort rejet de l'identité française aussi du côté des quartiers ?

 

Le républicanisme de Magyd Cherfi et son sens moral s'arrêtent là où commencent les problèmes avec l'islam

Vanessa Burggraf poursuit : "votre ambivalence aussi, c'est après les attentats de Toulouse en 2012 perpétrés par Mohammed Merah qui est issu de la cité des Izards, vous avez eu ces mots "ce n'est pas un monstre, il a été abandonné par la République" (sic).

On ne peut s'empêcher de penser à Mohamed Bajrafil, un imam cool et jeune dont le républicanisme, à l'instar de Magyd Cherfi, s'arrête là où commencent les problèmes impliquant l'islam.

A 12'24, lorsque Vanessa Burggraf lui demande "est-ce que vous leur trouvez pas quelque excuse?", la réponse de Magyd Cherfi est sans ambiguité :

Si, je vous dis qu'ils ont été abandonnés par la République mais aussi par leurs familles, c'est pas des itinéraires leurs vies, ce sont des désastres leurs vies (...)
On peut pas excuser des meurtres pareils, mais on peut comprendre et moi je veux absolument comprendre d'autant plus quand vous êtes issu des bas fonds de la société, on a le devoir d'une empathie quelque part.

Magyd Cherfi, 30 octobre 2016 dans l'émission "On n'est pas couché"

 

Grand sourire

Magyd Cherfi pense qu'il a un "devoir d'empathie" envers un individu qui a abattu à bout portant des enfants de 3 ans, 6 ans et 8 ans, leur professeur et de jeunes soldats.

 

Est-ce qu'on a bien entendu ? C'est ça, sa loyauté envers sa communauté ?

Cet homme souriant et débonnaire a-t-il bien dit ce qu'il a dit ?

Se rend-il compte de ce qu'il dit ?

Est-on à ce point anesthésié que personne ne réagit à de tels propos ?

Avons-nous perdu tout sens moral que nous soyons incapables de nous indigner face à de telles déclarations ?

 

Cette interview date du 29 octobre, et un mois plus tard, personne ne soulève ces propos, personne ne s'en émeut.

Mieux, il est invité dans plusieurs festival et continue d'être interviewé par plusieurs médias : 

 

Il y a plusieurs personnes autour du plateau parfaitement capables de repérer des propos condamnables, mais si Vanessa Burggraf tente un stupide "vous cautionnez ? " n'appelant pas d'autre réponse qu'un "non", c'est d'un ton guilleret que Laurent Ruquier enchaîne en mettant gentiment Magyd Cherfi en face de ses contradictions, lui rappelant qu'à l'époque, ces meurtres lui avaient inspiré la réflexion suivante : "ce n'est révélateur de rien".

Peut-être qu'à chaud, il n'avait tout simplement pas encore trouvé la parade rhétorique.

 

"Tous les terroristes heu... sont d'origine heu... " : quand Vanessa Burggraf begaye pour dire une vérité

Et Vanessa Burggraf de reprendre : "Tous les terroristes aujourd'hui, pardonnez-moi, ils sont français, la plupart sont heu d'origine, heu, de parents immigrés, d'origine maghrébine, il faut dire les choses".

Stigmatisation ou vérité objective ?

Laurent Ruquier revient sur son idée : finalement, ce n'était pas un cas isolé, contrairement à ce qu'avait dit Magyd Cherfi en 2012.

 

Mohammed Merah, pour ne citer que lui, ne serait pas un monstre mais quand même c'est un cas isolé, ce qui, dans la bouche de Magyd Cherfi, est sensé nous rassurer.

 

Les français issus de l'immigration : une "identité administrative" selon Magyd Cherfi

Magyd Cherfi : "Il y en a des centaines de milliers pour qui... je vais pas dire ça va bien mais qui sont parfaitement dans la société sauf que c'est pas encore ça. S'ils sont français, si on est français..."

Laurent Ruquier : "Mais ils sont français! (...) vous êtes le 1er à le dire d'ailleurs"

Magyd Cherfi : "oui oui mais vous parlez de leur identité administrative (...)"

De là à parler de "français de papiers", une expression en vogue à droite de la droite pour désigner cette catégorie de citoyens...

 

Et vient la pirouette victimaire : "on est français, on l'est pas dans le regard d'autrui".

C'est encore de la faute de ces racistes de fr.. de bla.. bon enfin vous avez compris.

 

Yann Moix découvre que les jeunes issus de l'immigration aussi peuvent rejeter quelque chose

Pour Yann Moix à 14'55 : "l'identité française, [c'est] d'abord celui qui aime la littérature française, la langue française" (sic) et ajoute que finalement "quand on est tiraillé [entre deux identités], eh ben on est français".

Yann Moix découvre l'"inverse de ce qu'on pense d'habitude" : un jeune d'origine immigrée que la République fait tout pour intégrer et qui est rejeté par ses amis "arabes". "C'est eux qui l'excluent de la France... c'est vachement intéressant".

 

Le père maghrébin est là "pour cogner"

A 16'28, Yann Moix lit l'ouvrage de Magyd Cherfi : "ma mère comme la plupart des mères gérait tout. Dans toutes ces familles le père n'existe pas, il est là pour cogner".

Si un homme ou une femme osait relier les maltraitances infligés aux enfants dans "ces familles" à, par exemple, l'échec scolaire, le rejet systématique de la société ou la délinquance, il ou elle serait passible de la loi Gayssot.

"Un algérien dans les années 60 doit s'enfermer dans les chiottes pour s'évader et pour réviser son bac, la denrée la plus rare, c'est le silence, toute la journée il est en proie au bruit, une sorte de bruit qui l'empêche d'avoir accès à la musique de la littérature."

 

Un jeune algérien est en proie à un "bruit" incessant

On ne peut s'empêcher de sourire en pensant justement à la chanson de Zebda, "le bruit et l'odeur" qui voulait dénoncer les propos de Jacques Chirac.  

Magyd Cherfi, gêné, intervient et replace le discours dans une perspective victimaire : "sauf que, on a l'obligation de nuancer la chose : le père en question il est éreinté, il est humilié dans sa journée de travail"

Yann Moix : "bien sûr!"

Dire des vérités oui. Mais toujours dans un but de contrition.

 

Magyd Cherfi : "il est pas enclin à faire des câlins, quand aux mecs qui cognent, qui m'ont cogné à moi (sic), c'est parce que eux n'ont pas eu accès aux codes ... Moi je suis là, je fais mes imparfaits du subjonctif, et effectivement, ça fait un décalage".

Eh oui, c'est parce qu'ils ne maîtrisent pas l'imparfait du subjonctif que les jeunes issus de l'immigration sont violents. Alors que s'ils le maîtrisaient, ça changerait tout.

 

Magyd Cherfi souffre. Mais pas tant que ça. Mais quand même, c'est dur. Mais il s'en sort bien.

Yann Moix enchaîne avec la question de la "schizophrénie identitaire" et demande à Magyd Cherfi s'il se sent encore "totalement écartelé".

Et Magyd Cherfi de répondre : "non... je dis souvent que je suis un schizophrène cool", "on se porte bien".

10 minutes plus tôt, Magyd Cherfi était en train d'expliquer qu'en tant que descendant d'immigré d'origine maghrébine, déchiré entre deux cultures et mal aimé de la société française, il avait de la compassion pour Mohammed Merah, sous-entendu ce dernier aurait basculé parce qu'il a souffert de ce déchirement et d'un abandon de la République.

Finalement, quand on aborde le niveau de souffrance des personnes issues de l'immigration maghrébine, les victimaires préfèrent nuancer le tableau.

Magyd Cherfi dit tout et son contraire.

 

Lire de la littérature, c'est un "truc de pédés" : rire général

A 18'40, Alexis Michalik lit à haute voix un passage du livre de Magyd Cherfi où il raconte la réaction de ses petits voisins maghrébins et gitans quand ils le surprennent en train de lire Maupassant. Émoi parmi les intellos. Le mot "pd" est prononcé au moins 5 fois. Rire général. Ce passage décrit le rejet viscéral pour la culture française dans ces familles et... il provoque l'hilarité. Un peu comme lorsqu'on mettait des coups de pied à un noir sur scène un siècle plus tôt et que cela faisait rire le tout Paris.

 

"Il y avait une République avec des droits, il a manqué une République bienveillante"

Vers 20'10, Vanessa Burggraf demande avec son phrasé habituel confirmation à Magyd Cherfi que la situation est toujours "la même" dans les banlieues et s'il comprend que des jeunes se tournent vers l'islam radical par "repli identitaire" et "parce qu'ils se sentent rejetés par cette République" (sic).

Réponse de Magyd Cherfi : "il y avait une République avec des droits, il a manqué une République bienveillante : celle qui dit "vous avez quelques difficultés, on va y aller en douceur", il y a jamais eu cette République et toujours pas aujourd'hui. Il y a des tas de droits, des lois contre le racisme, contre les discriminations. Jamais on va vous cueillir en douceur pour vous amener vers nous".

 

On se pince.

Mais depuis Pompidou jusqu'à aujourd'hui, en effet, ceux qui ont permis que ces familles s'installent en nombre en France ont-ils juste songé au décalage culturel ? Et n'est-ce pas eux, au fond, qui sont responsables en partie de ce malaise qui semble insurmontable ? En partie seulement parce qu'il se trouve que... le terrorisme, pour ne parler que de ce phénomène, ne touche pas que la France.

 

Pour Magyd Cherfi, les jeunes qui vont vers l'islam radical cherchent un "refuge"

Vanessa Burggraf repose sa question : "est-ce que vous comprenez ces jeunes qui se tournent vers l'islam radical ?"

Magyd Cherfi : "Oui, ils cherchent un refuge, ils cherchent un lieu où on va les considérer comme des frères".

Ce qui correspond exactement à l'eschatologie musulmane qui propose une sorte de retour dans l'indifférencié, la "communauté des croyants", appelée "oumma", mot venant de "oum", qui signifie "la mère" en arabe. Faire partie de la "oumma", c'est cela : retourner dans le ventre symbolique d'une mère immense et n'y trouver que des frères. Un désir de régression donc, face à une évolution perçue - et dépeinte par certains - comme folle.

 

Pour Magyd Cherfi, les jeunes se tournent vers l'islam radical parce que la France leur fait sentir qu'ils ne sont "pas chez eux" (sic)

Il poursuit : "... alors qu'ils sont dans un pays qui leur dit "vous êtes français... mais vous êtes pas chez vous". En fait, il est juste en train de nous expliquer que la France mérite un peu ses 239 morts, qu'elle l'a un peu cherché.

On retrouve le même procédé abject d'Abd al Malick (un autre intello de banlieue) qui nous a doctement expliqué en 2015 au fond que Charlie Hebdo l'avait bien cherché en provoquant de l'islamophobie. Ou comment inverser, à loisir, le rapport agresseur/agressé.

On s'étrangle.

Malheureusement, personne sur le plateau ne demande à Magyd Cherfi alors pourquoi selon lui il y a des attentats terroristes dans les pays musulmans, perpétrés par des autochtones.

 

Mais tout continue normalement sur le plateau. Laurent Ruquier rappelle l'épigraphe  de son livre, "L'exception française, c'est d'être français et de devoir le devenir" et enchaîne sur les dates de son spectacle.

On sent qu'il a passé un sale quart d'heure

On sent qu'il a passé un sale quart d'heure

 

La victimisation pour légitimer la haine anti-français : une pirouette rhétorique récurrente chez Magyd Cherfi

Le 11 septembre 2016, Magyd Cherfi faisait passer à peu près le même message en décrivant l'état d'esprit des "jeunes" issus de l'immigration arabo-musulmane : 

Les Blancs sont instruits. Nous, on est dans le dur. Puisqu’on n’a pas les codes, puisqu’on n’est pas Français, puisqu’on n’est pas blancs et que les Français ne nous veulent pas, ils vont vaincre, mais au moins on va leur péter les dents. On a perdu d’avance, mais on va faire des dégâts

Magyd Cherfi, le 11/09/2016

 

Message subliminal : on peut bien vous péter un peu les dents, vu que vous finirez par gagner.

Nous qui croyions que tout le monde adhérait à notre modèle de vivrensemble, décidément, on tombe de haut...

Plus loin il affirme, toujours dans une rhétorique victimaire permettant de justifier une vengeance :

Ce que la France a oublié, c'est qu'on naît français, c'est qu'au fil des vicissitudes et des discriminations qu'on le devient de moins en moins. Dans "Ma part de gaulois" c'est un peu ce que j'ai voulu dire c'est "Moi Magyd, j'ai tellement été gaulois, et quand j'ai vu comment vous traitiez mon père, ma mère, mes amis, les quartiers, les musulmans, les immigrés, etc... je me suis dit il faut que je sois moins français.A quoi ça sert d'arborer des arguments républicains si la République ne veut pas de vous.

Magyd Cherfi, le 11/09/2016

 

Grand sourire, lorsqu'il a terminé sa démonstration, imparable : ce n'est pas nous qui avons commencé à rejeter la République, c'est elle ne veut pas de nous, nous ne faisons que nous adapter et si on en est là, ce n'est pas de notre faute.

Ah bon ? Pourtant, dans la même interview, le même monsieur nous explique qu'il existe un rejet de l'identité française de la part des populations immigrées. On comprend plus.

Et dans son interview à "On n'est pas couché", le chanteur-militant explique que la République a pourtant tout fait pour accorder des droits aux descendants d'immigrés mais qu'il manquait juste un peu de "bienveillance" (sic).

Alors de quels mauvais traitements Magyd Cherfi parle-t-il ?

Invente-t-il une persécution imaginaire pour légitimer son rejet de la République et de la France ?  Ce qu'il évoque comme une oppression (il utilise le mot "oppresseurs") n'est-elle pas simplement la difficulté d'adaptation de ces populations ?

Mais comment ont fait les autres vagues d'immigration ?

Et si l'oppression était si insupportable, pourquoi être resté ? La famille de Magyd Cherfi a bien quitté son Algérie natale pour une vie meilleure et pourtant, elle était chez elle : alors pourquoi s'infliger de rester dans un autre pays où, finalement, elle vivrait si mal ?

Face à la difficulté, face à la blessure narcissique, donc, Magyd Cherfi pense qu'il est logique de passer à la violence, voire légitime, au vu de la souffrance endurée.

Et ce monsieur se dit "républicain" ?

 

"Parler français, c'est trahir le prophète"

Toujours dans cette interview, il explique également que maîtriser la langue française, c'est "trahir le prophète" (sic) et que, pour résumer, ce sont les jeunes issus de l'immigration qui ne veulent pas s'intégrer parce que c'est perçu comme "une trahison". Résumons : 

  • Les descendants d'immigrés arabo-musulmans sont aussi les artisans de leur propre exclusion.
  • Réussir au niveau scolaire et/ou professionnel est perçu, vécu comme une trahison.
  • Ce qui impliquerait un besoin de repentance et de faire marche arrière, à un moment donné ?

On touche à un mécanisme qui n'est encore pas du tout exploré.

 

 

Magyd Cherfi, un "Républicain" qui prêche pour sa mosquée

Magyd Cherfi, en véritable coqueluche des médias, a également donné une interview à L'Obs, parue 5 jours plus tôt. Le gaulois déçu y décrivait l'avenir de la France : un pays majoritairement musulman.

Il se trouve qu’on est là, immigrés, Maghrébins, musulmans, enfants d’immigrés. Et de plus en plus nombreux. C’est vrai. L’islam va devenir la première religion de France. A terme. Il faut accepter cette évidence. Moi, je dis : faites avec. Il faut plus de mosquées. Seront-elles à la solde de je ne sais quel Daech ? Non. Elles seront dirigées par des citoyens dignes de ce nom, musulmans et patriotes. C’est mon pari.

Magyd Cherfi

 

Magyd Cherfi nous promet un islam patriote et citoyen. Mais l'islam est basé sur le coran, qui nie les appartenances nationales : dans les pays arabo-musulmans, les islamistes s'opposent toujours aux nationalismes arabes. Mauvais point pour le patriotisme.

Et l'islam est non seulement une religion, mais aussi un système politique et judiciaire. Ce qui entre, tôt ou tard, fatalement en confrontation avec un système politique et judiciaire existant. Mauvais point pour la citoyenneté républicaine.

 

 

On pense ce qu'on veut de Jean-Paul Ney, un reporter qui a été condamné pour avoir diffusé l'identité des frères Kouachi... avant que l'autorisation soit donnée aux médias, mais voici sa réaction aux propos de Magyd Cherfi :

 

 

Moralité 1 : Laurent Ruquier et Yann Moix ne connaissent rien à la banlieue. Ils sont pleins de préjugés et découvrent aujourd'hui des faits qui datent d'il y a 35 ans.

 

Moralité 2 : En France, on peut énoncer des vérités. Mais seulement dans le but de susciter la contrition et la pitié.

 

Moralité 3 : En France, la gauche considère comme l'avenir de la France des gens qui ont de la compassion pour des individus qui combattent la République en butant à bout portant des enfants de 3 ans, 6 ans et 8 ans.

C'est proprement insupportable d'entendre une chose pareille et le service public français vient de prouver son écueil moral. C'est parfaitement inacceptable que les journalistes et le présentateur soient restés muets.

 

Moralité 4 : Les auto-proclamés défenseurs du progressisme et des valeurs humanistes ne sont pas indignés devant un homme qui a de l'"empathie" pour un individu qui a consciemment organisé, planifié, géré l'assassinat de gens qu'il identifiait comme des ennemis de sa religion.
Tout ça parce que cet homme est un descendant d'immigré maghrébin, une sorte de "statut sauf-conduit" pour les adhérents à un système de valeurs qui a atteint, encore une fois, son niveau de putréfaction. 

Peut-on seulement imaginer la même bienveillance envers un homme qui trouverait des circonstances atténuantes à un crime perpétré par un "français de souche" contre des maghrébins musulmans, qui aurait mis une balle dans la tête à des enfants maghrébins de 3 ans, 6 ans ou 8 ans ? En aucun cas.

 

Moralité 5 : Ceux que la gauche a désigné comme les victimes qu'elle allait sauver, ceux-là, elle l'a décidé, ils ne sont responsables de rien. Ils ne réfléchissent pas, ils ne savent pas ce qu'ils font. Mais c'est justement en les maintenant dans cette irresponsabilité permanente que la gauche sabote les luttes émancipatrices des descendants d'immigrés et les maintient dans une position d'infériorité.

 

Cautionner les discours victimaires, c'est légitimer les appels à la vengeance

La politique d'immigration ne dépend évidemment pas de Laurent Ruquier et de Yann Moix, mais on peut quand même faire le constat suivant : la condescendance envers les immigrés, déguisée en bienveillance, est parfaitement nuisible car elle cautionne les discours victimaires, et notamment ceux portés par l'islam politique. Et donc ses appels tacites à la vengeance. 

 

Arrêtons de faire de l'audience à "On n'est pas couché", qui est en pleine confusion morale.

Début de campagne toulousaine pour Mélenchon et Daguerre, soutenus pas Magyd Cherfi. Photo DDM, Michel Labonne. DDM (source : http://www.ladepeche.fr/article/2009/03/12/572254-europeennes-melenchon-promet-une-campagne-musclee.html)

Début de campagne toulousaine pour Mélenchon et Daguerre, soutenus pas Magyd Cherfi. Photo DDM, Michel Labonne. DDM (source : http://www.ladepeche.fr/article/2009/03/12/572254-europeennes-melenchon-promet-une-campagne-musclee.html)

Partager cet article

Commenter cet article

c t 22/11/2016 00:23

Bravo pour ce "décryptage" du témoignage, par ailleurs touchant, de Magyd Cherfi.
Etonnant ce moment où Ruquier lui tend la perche pour lui faire comprendre que lui-même (Ruquier) a vécu le défi des études. Mais ça ne fait que créer une complicité personnelle, sans sortir de l'attitude victimaire communautariste. Tant de non-arabokabyles en France se sont fait traiter de "pd" parce qu'ils lisaient un bouquin, d'intellos parce qu'ils réussissaient à l'école, etc. etc. Etonnant qu'à 50 ans il n'ait toujours pas rencontré ces gens-là ! Etonnant qu'à 50 ans il n'ait pas eu connaissance d'une réalité moins idéalisée chez les non-bobos non-arabokabyles ! Peut-être qu'au fond, star dans le show-bizz avec Zebda puis en solo, avec une orientation de gauche-e-s, il n'a rencontré que des flatteurs qu'il devait flatter à son tour. Bref, le regard de ses fans l'a "essentialisé". Sinon il était "bounty" peut-être ?
Le coup de l'empathie pour Merah, parce qu'originaire de son quartier, n'est certes pas isolé, mais exprime-t-il la même empathie pour Hitler ? A son corps défendant peut-être, il s'essentialise. Il a son public aussi, ça le fait vivre après tout.

L'auteur de l'article 22/11/2016 19:27

En effet, à les écouter, comme vous dites, seuls les arabokabyles en ont bavé. Il suffit de discuter avec des gens qui ont connu le service militaire pour qu'ils vous racontent que certains jeunes ne parlaient même pas français quand ils arrivaient... Qu'ils viennent de "campagnes profondes" ou des Antilles..
Pour parler d'une époque pas trop lointaine encore.

Et pour ce qui est de "l'empathie", je pense qu'elle fait apparaître que Magyd Cherfi a eu beau s'instruire et lire de la littérature, il n'a pas compris ce que voulait dire être un individu, un être libre, en dehors de l'appartenance à un clan, à un groupe, à une communauté. Il a beau dire, il a beau faire, il y a une part non négligeable de notre culture, héritée des Lumières, qui lui a échappée.

En fait, Magyd Cherfi n'a pas su s'émanciper de son "clan" et malgré toutes grandes déclarations patriotiques et républicaines, ce que ses déclarations font apparaître, et c'est ce que j'espère avoir réussi à mettre en lumière, c'est qu'au fond sa loyauté va d'abord "aux siens", et non à la France et à la République.

Et bien sûr, le plus inquiétant, c'est cette confusion morale et ce relativisme.